Evanne Souchette

Exposition à la galérie

Evanne Souchette est une artiste plasticienne qui vit et travaille à Bordeaux et qui suit en parallèle des études d’arts plastiques à  Rennes.

 

Inspirée par l’humain, c’est le mystère de l’individu de dos qu’Evanne Souchette présente. Le portait serait-il cantonné aux traits du visage ? Le dos n’aurait-il pas lui non plus cette esthétique douce et énigmatique ? Comment réussir à rendre le dos signifiant pour lui-même sans qu'il soit juste interprété comme « absence ou détournement du visage » ? Comme l’annonçait Michel Foucault dans sa conférence radiophonique en 1966 (Le Corps utopique, France-Culture) : « Ce dos que je sens appuyé contre la poussée du matelas sur le divan quand je suis allongé, mais que je ne surprendrai que par la ruse d’un miroir ».

 

C’est d’abord en ayant une approche théorique autour du portrait que l’artiste a nourrit sa réflexion : « Le mot ‘portrait’, utilisé au Moyen-Age était le dérivé du verbe ‘portraire’, signifiant tracer, dessiner à l'aide du trait. Un portrait était donc un dessin, une représentation graphique. En revenant à la définition mère de ce mot, j'ai eu envie d'explorer cette partie de notre corps qu'on ne connaît qu'en sensation : le dos. J'ai alors commencé à photographier des gens de mon entourage. Lorsque je leur spécifiais que ce n’était pas leurs visages que je photographierai, l’interrogation était présente et jouait sur leur attitude.»

Expérimentations après expérimentations, celle-ci  se rend compte que pour que les dos « parlent » d’eux-mêmes, la spontanéité est nécessaire. Nul ne doit savoir qu’il est photographié, la posture en est influencée. C’est pourquoi Evanne Souchette change son procédé, préférant photographier des inconnus lors d’errances dans la ville.

Ces œuvres sucitent différentes interrogations comme l'hégémonie du visage dans la représentation du corps, la difficulté à parler de « portraits de dos » est directement reliée à cette domination faciale, on peut également parler du poids des préjugés physiques, raciaux, une représentation de dos serait-elle moins stigmatisante ? N'avons-nous pas pour habitude de détourner le visage lorsque nous ne voulons pas être vus ?

 

Avec un processus proche des Filatures parisiennes de Sophie Calle, la photographie, dans sa pratique, est comme une sorte de croquis numérique, une étape indispensable pour passer à la peinture. Le but n'est donc pas de reproduire la photo à l'identique. Sur des cartons toilés de petit format, les photographies se transforment en masses noires opaques.

C'est une représentation graphique sans profondeur. La silhouette est exécutée à l'encre de Chine pure, puis quelques touches de couleurs à la peinture acrylique et au pastel gras sont apposées : « Même si je déclare faire de la peinture, elle est en réalité minoritaire dans mon travail. »

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©Institut Culturel Bernard Magrez - 16 rue de Tivoli, Bordeaux