31/03/22 AU 12/04/2022 - EXPOSITION "Dysnomia" d'ALEXANDRE DUPEYRON

Fasciné par l’image qui défile devant ses yeux lors de ses premiers voyages, le travelling lui semble être dès son plus

jeune âge, son paysage de prédilection. Alexandre Dupeyron remarque dans sa douzième année les courbes et les

lignes parfaites que forment la nature en mouvement, le bitume, les bâtiments. Il suit les traces humaines sur les chantiers, dans les friches industrielles, sous les ponts. Il se perd, pour entrer dans un monde qui lui appartient peu à peu d’autant mieux qu’il l’a rêvé.

Photographe indépendant depuis 2006, les limites qu’il trouve dans son travail de photojournaliste, le poussent à affirmer toujours plus sa propre voix. Sa photographie a la géométrie variable de ses voyages : du Maroc où il vivra

trois ans à Singapour où il restera deux ans en passant par l’Inde un an, elle s’adapte et le suit. Parallèlement, son regard se construit et s’affirme. Le temps de la photographie le ralentit, l’empêche de courir si vite vers l’avenir. C’est ensuite le photographe qui décomposera ce temps. Le révèlera par une prise de mouvement capturée entre deux états. Dans ce processus vital, il s’accroche au monde, à son essence, et continue sa démarche consciente, de regarder la vie humaine, les yeux grands ouverts, en se mouvant de manière aléatoire, pour être surpris par un monde plus grand que lui.

Alexandre Dupeyron privilégie une approche poétique, associée au noir & blanc et au mouvement. Ses séries construisent un propos entre univers déshumanisé (Runners of the Future, 2010-2020), rapport à la nature (L’étale des Saisons, 2013-2016 et Mondes Oubliés 2018-2020), et un questionnement récurrent autour de la mémoire et de la transcendance (De Anima, 2016 et The Morning After, 2011-2015).

EXPOSITION DYSNOMIA

Les différentes séries qui jallonent à ce jour le parcours d’auteur d’Alexandre Dupeyron s’agrègent aujourd’hui et s’organisent pour composer Dysnomia. Son ambition est de mettre en relation son corpus artistique et douze années de pratiques et de recherches photographiques à travers trois mediums : un livre, une exposition, un spectacle.

• Un livre photographique

C’est un voyage au plus profond de la matière, à la recherche du souffle originel. Une photographie tremblante qui révèle ce qui est vu et ressenti : les peurs, les doutes, les espoirs. Du big-bang à l’homo-urbanus, c’est la vision d’une réalité troublée où l’infiniment grand et l’infiniment petit se confondent.

• Une exposition tirée à la gomme bichromatée

Procédé de prédilection du mouvement pictorialiste de la photographie, il s’est affirmée entre 1890 et 1914 comme une alternative privilégiant la sensibilité de l’artiste-photographe afin de lutter contre la standardisation des images que l’innovation technologique allait amener. C’est un procédé quasi in-reproductible, chaque tirage a sa touche.

Le tirage final devient unique, contredisant les pensées de certains détracteurs de la photographie, à la suite de Walter Benjamin, sur la reproductibilité de l’oeuvre.

• Un spectacle photographie, danse, musique

Pensé comme un prolongement du livre en cours de création, le spectacle est né de la rencontre de trois artistes et trois disciplines : Thomas Julienne (contrebassiste), Lalao Pham Van Xua (chorégraphe/danseuse) et Alexandre Dupeyron. La photographie d’Alexandre Dupeyron est guidée par la lumière et le mouvement.

Entre rêverie et hors-piste, il voyage aux frontières du réel. Son travail en noir & blanc tente de traduire la dimension poétique voire spirituelle de ce que nous sommes et de ce qui nous entoure. Avec l’aide d’un logiciel de projection interactif, les photographies se répondent puis créent des ruptures avec la musique et la danse.

Thomas Julienne, a écrit pour son quintet Theorem of Joy une pièce musicale de soixante minutes inspirée par les grands thèmes de Dysnomia : le vivant, la matière, la mort et l’esprit. Fil d’ariane du spectacle, elle est perméable au récit photographique et nourrit l’énergie de la danse. Certaines pièces donnent le rythme du spectacle, d’autres plus improvisées réagissent en temps réels à la photographie et à la danse.

Chorégraphe et interprète, Lalao Pham Van Xua incarne une cartographie éphémère.

Pensée comme un tableau vivant, la danse s’invite dans l’image projetée, devient peu à peu photographie jusqu’à donner son corps et son mouvement au support visuel. Elle est tour à tour prolongement et contre-point du rapport